Last of Us dans le monde réel : que valent vraiment les cordyceps ?

Les cordyceps fascinent autant qu’ils inquiètent. Popularisés auprès du grand public par la série The Last of Us, ces champignons parasites sont souvent décrits comme capables de transformer des insectes en marionnettes zombies. Mais qu’en est-il réellement ? Sommes-nous menacés, nous aussi, par un champignon manipulateur du cerveau ? Voici un tour d’horizon clair et réaliste de ce que sont réellement les cordyceps, de leur fonctionnement, et de ce qui relève de la fiction.

Cordyceps : un parasite très spécialisé

Les cordyceps font partie d’un vaste groupe de champignons entomopathogènes, c’est-à-dire spécialisés dans l’infection d’insectes ou d’autres arthropodes. Chaque espèce de cordyceps cible un hôte très particulier : fourmis, chenilles, araignées… Leur cycle de vie est finement adapté à ces organismes.

Contrairement à ce que montre The Last of Us, il n’existe aucun cordyceps capable d’infecter un mammifère, encore moins un humain. Leur biologie est simplement incompatible avec la nôtre : température corporelle, système immunitaire, structure du cerveau, composition du sang… trop de barrières naturelles empêchent toute infection.

Le phénomène de la “fourmi zombie” : spectaculaire, mais naturel

L’effet le plus impressionnant associé aux cordyceps concerne Ophiocordyceps unilateralis, qui infecte certaines fourmis tropicales. L’insecte contaminé est poussé à grimper, à s’accrocher à une feuille et à mourir dans une position stratégique. À cet emplacement idéal, le champignon peut ensuite se développer et libérer ses spores sur d’autres fourmis.

Ce comportement est 100 % réel, mais il ne repose pas sur une prise de contrôle totale du cerveau. Les cordyceps perturbent plutôt le système musculaire et les signaux nerveux de l’insecte, provoquant une sorte de “marche forcée” totalement involontaire. Plus une manipulation physiologique qu’une véritable zombification.

Pourrait-il évoluer pour infecter les humains ?

Dans la série, les cordyceps mutent à cause du réchauffement climatique, devenant capables de survivre à la température humaine. C’est une idée dramatique très efficace, mais scientifiquement très peu probable.

Voici pourquoi :

  • Spécialisation extrême : les cordyceps ont coévolué pendant des millions d’années avec des insectes. Une adaptation à l’être humain demanderait des changements massifs, bien plus grands qu’une simple tolérance thermique.
  • Système immunitaire humain complexe : nos défenses sont beaucoup plus sophistiquées que celles d’un insecte.
  • Différence physiologique énorme : cerveau, tissus, composition musculaire… rien chez nous ne ressemble à une fourmi.

En bref : la menace d’un cordyceps humain est un excellent scénario de fiction, mais pas un risque crédible selon les connaissances actuelles.

Une contrepartie positive : un champignon médicinal recherché

Ce champignon n’est pas qu’un parasite inquiétant. Certaines espèces, comme Ophiocordyceps sinensis, sont utilisées depuis longtemps dans la médecine traditionnelle asiatique pour leurs effets potentiels :

  • augmentation de l’énergie et de l’endurance
  • soutien immunitaire
  • amélioration de la récupération
  • propriétés antioxydantes

Ces usages sont réels, même s’ils manquent parfois d’études modernes robustes. Aujourd’hui, la majorité des compléments à base de cordyceps proviennent de cultures en laboratoire, et non de parasites d’insectes.

Fiction vs réalité : un fossé immense

Ce que montre The Last of UsCe que dit la science
Infection humaine possibleAucune infection humaine connue ou plausible
Transmission rapide et violenteCycle lent, complexe, limité aux arthropodes
Contrôle total du cerveauPerturbation partielle du comportement chez l’insecte
Champignon quasi indestructibleOrganisme fragile, nécessitant des conditions précises

Conclusion : vrai champignon, fausse apocalypse

Les cordyceps sont fascinants, brutaux, parfois terrifiants… mais seulement pour les insectes. Ils témoignent de l’incroyable diversité du règne fongique, mais ne représentent aucune menace réelle pour l’être humain.

S’ils inspirent de grands récits catastrophe, ils trouvent aussi une place dans la culture, la médecine, et dans notre compréhension des interactions entre espèces.

En clair : le Last of Us réel n’est pas pour demain, et tant mieux.